Un parcours inhabituel pour les administrateurs indépendants.
Comment les transitions d’administrateur non exécutif à PDG offrent des avantages, mais exigent un changement de mentalité et une gestion rigoureuse de la transition.

La nomination d’un administrateur indépendant comme PDG peut donner de bons résultats, à condition d’éviter les écueils et les défis complexes qui peuvent se présenter.
C’est un parcours de carrière bien tracé. Après des années à faire partie de la haute direction, le PDG se retire pour siéger comme administrateur indépendant ou assumer la présidence du conseil d’administration (CA). Il est beaucoup plus rare qu’un administrateur indépendant expérimenté accède au poste de PDG. Toutefois, selon les experts d’Odgers, la nomination d’un administrateur au poste de PDG pourrait être une tendance à la hausse partout dans le monde. De telles nominations peuvent s’avérer judicieuses tant pour l’équipe de direction que pour l’entreprise, à condition d’éviter les écueils les plus courants. Par contre, cela peut aussi témoigner de problèmes plus profonds, comme une situation de gestion de crise, une pénurie de talents ou une mauvaise planification de la relève. Pour l’administrateur indépendant concerné, elle peut indiquer une frustration persistante et un désir de reprendre les commandes.
Au Royaume-Uni, environ 6 % des PDG des sociétés de l’indice FTSE 100 et 3 % de celles de l’indice FTSE 250 étaient auparavant des membres indépendants du CA de leur entreprise. De son côté, Odgers en Suède fait état d’un intérêt croissant pour l’embauche d’administrateurs indépendants au poste de PDG, à la suite de récentes histoires de réussite très médiatisées. Börje Ekholm est passé du CA d’Ericsson au poste de PDG en 2017 pour aider l’entreprise à traverser une période difficile marquée par des changements dans le marché. En août 2025, Jonas Wiström a pris sa retraite après huit années passées à la tête de l’entreprise industrielle Ratos, dont il était auparavant le président du CA.
En Afrique du Sud, Odgers observe une tendance similaire. Jurie Strydom, membre indépendant du CA du groupe de services financiers Old Mutual, a été nommé chef de la direction en mai 2025. Cette nomination faisait suite à d’autres similaires dans le secteur financier sud-africain, dont celle de Paul Hanratty, devenu PDG de l’assureur Sanlan en 2020 après avoir siégé pendant trois ans au CA de l’entreprise.
Des faux pas ou des pas de géant
La nomination d’administrateurs indépendants au poste de PDG présente des avantages évidents. Il s’agit de personnes qui connaissent généralement déjà la stratégie et la culture organisationnelles, ainsi que les principaux enjeux en cours et les personnalités des gens en place. Le PDG entre ainsi en poste avec une longueur d’avance. Si l’entreprise traverse une période difficile, une telle nomination indique aux parties prenantes qu’une période de continuité et de stabilité se profile à l’horizon. Les parties prenantes pourraient également accueillir favorablement une personne expérimentée si l’entreprise est confrontée à des vents économiques défavorables ou si elle est sur le point de s’engager dans une transformation numérique qui pourrait bouleverser le modèle organisationnel en place.
« Il est possible que l’entreprise ne veuille pas, ou n’ait pas besoin, d’une approche prudente et mesurée, mais plutôt d’une personne d’action sachant piloter le changement dans une organisation complexe et à plusieurs niveaux.»
Cependant, plusieurs raisons expliquent que les nominations d’administrateurs indépendants au poste de PDG soient encore relativement rares. Il est possible que l’entreprise ne veuille pas, ou n’ait pas besoin, d’une approche prudente et mesurée, mais plutôt d’une personne d’action sachant piloter le changement dans une organisation complexe et à plusieurs niveaux. Dans ce cas, la nomination d’un membre indépendant peut donner l’impression que le CA tente d’éviter les décisions difficiles. En effet, un administrateur indépendant en poste depuis longtemps peut sembler manquer de perspective nouvelle au moment où l’entreprise doit prendre un nouveau virage. Et on peut raisonnablement se demander si la personne s’investira pleinement.
Cependant, l’enjeu le plus négligé est peut-être l’étape de la transition elle-même. Le processus de sélection d’un PDG peut durer plusieurs mois. Des rumeurs sur les personnes qui peuvent se porter candidates circulent très tôt, soulevant des questions sur leur indépendance, leur engagement et les conflits d’intérêts possibles – comme dans le cas d’un athlète sur le point d’être échangé à une équipe rivale et dont les fans se demandent s’il a toujours sa place dans son équipe actuelle. Lorsque la candidature d’une personne est officielle, les autres membres du CA peuvent légitimement se demander quels intérêts sont désormais prioritaires, d’autant plus que chaque décision prise en tant que membre du CA peut être perçue comme une façon de se démarquer dans le processus d’entrevue pour le poste de PDG.
La personne candidate au poste de PDG doit également continuer à travailler avec des collègues qui ont peut-être aussi postulé pour ce poste, ce qui peut alimenter un certain ressentiment. À ce stade, une personne candidate externe pourrait être plus à l’abri des querelles politiques internes.
Une fois que l’administrateur indépendant a fait ses premiers pas en tant que PDG, que ses efforts soient couronnés de succès ou non, il n’y a plus de retour en arrière possible.
Il n’est pas non plus possible d’affirmer que la nomination d’un administrateur indépendant comme PDG rapproche les cadres et les non-cadres. Alors que le PDG nouvellement nommé aura besoin d’un certain temps pour s’adapter, le CA lui poursuivra son travail. Les investisseurs, le personnel et les autres parties prenantes auront sans doute modifié leur relation avec le nouveau PDG.
La rupture doit être décisive. Le changement d’état d’esprit est difficile. Le nouveau PDG prend soudainement connaissance de détails dont les administrateurs indépendants ne savent pas grand-chose, y compris de possibles mauvaises nouvelles. Il doit se plonger dans les opérations, ce que ne font pas les membres indépendants du CA.
Au-delà d’un nouvel état d’esprit, une transition réussie d’administrateur indépendant à PDG nécessite une énergie renouvelée.
Des défis de taille
Le changement d’état d’esprit peut être la clé du succès. Mais dans certains marchés, des enjeux plus importants peuvent se poser. L’Afrique du Sud en fournit de bons exemples. Bien que certaines nominations de membres indépendants du CA à titre de PDG aient été couronnées de succès dans le pays, certaines personnes disent que le fait de se tourner vers le CA pour trouver des gens talentueux peut refléter des difficultés à constituer un bassin de talents.
« En Afrique du Sud, l’exode des talents est largement responsable des problèmes en matière de planification de la relève et de l’appauvrissement du bassin de personnes qualifiées au sein des organisations », déclare un membre de CA.
Trop de talents prometteurs choisissent de partir étudier ou travailler à l’étranger pour progresser dans leur carrière, et ils ne reviennent pas toujours. Parallèlement, les entreprises sud-africaines affirment qu’il peut être difficile d’attirer des talents étrangers. Cela s’explique par plusieurs raisons, notamment les rapports sur la criminalité, une bureaucratie excessive, en particulier pour l’obtention de permis de travail, et un manque de volonté d’offrir des conditions concurrentielles, pour n’en citer que quelques-unes.
Pourtant, des dirigeants n’hésitent pas à affirmer que le pays compte bel et bien de futurs talents. Ils ont simplement besoin de conseils et de temps pour émerger. Les entreprises ont besoin d’aide pour repérer les personnes possédant les compétences requises et pour définir des parcours réalistes vers le sommet. Les talents prometteurs de 30 à 50 ans doivent bénéficier de mentorat et d’accompagnement, en particulier pour passer d’une approche fonctionnelle à une approche stratégique, conformément à ce qu’on attend d’un futur PDG. Peut-être plus important encore, étant donné que l’essentiel des talents et de l’expérience se trouvent à l’échelle locale, il faut que les futurs dirigeants d’entreprise soient exposés à un environnement commercial international.
Une telle démarche peut prendre jusqu’à cinq ans, mais elle en vaut la peine. Grâce à une vision stratégique juste et à une orientation adéquate, la nomination d’un administrateur indépendant au poste de PDG ne sera pas vue comme une mesure d’urgence, mais comme l’une des nombreuses voies de réussite vers le sommet.
LAUREN VAN HALDEREN
Codirectrice générale de la division Afrique subsaharienne
L'Afrique du Sud
www.odgers.ca

